Partager l'article ! Les enfants de divorcés prennent la parole - Le Pélerin: ENQUETE - Le Pélerin L'Union des familles en Europe pu ...
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ENQUETE - Le Pélerin
L'Union des familles en Europe publie une enquête nationale réalisée auprès d'enfants de parents divorcés, aujourd'hui adultes. Le constat est sévère : beaucoup de souffrance s'exprime dans les réponses.
Pour la première fois en France, une vaste enquête donne la parole à des adultes qui ont vécu le divorce de leurs parents. Plus de 1 000 personnes ont répondu par Internet à l'appel de l'Union des familles en Europe, qui leur a posé 80 questions.
« Aujourd'hui, 2,9 millions d'enfants mineurs ne vivent plus avec leurs deux parents. Or, leur ressenti est généralement considéré comme un 'non-sujet', souligne Dominique Marcilhacy, porte-parole de l'association.
Pourquoi l’annonce du divorce est une étape marquante ?
L'annonce n'a pas le même impact, selon qu'elle intervient dans un contexte de violence morale, dans le calme, ou même dans le silence. « Il arrive que l'on me demande : 'Que faut-il dire à l'enfant ?' rapporte Gérard Poussin, psychologue et professeur émérite de l'université grenobloise Mendès-France . Je réponds que c'est à chaque couple de décider et de se mettre d'accord, avant, sur ce qui va être dit. »
Autre élément important, selon lui : « Le couple doit parler d'une seule voix à l'enfant. Il ne doit pas y avoir une 'version papa' et une 'version maman', avec les reproches de l'un envers l'autre. » Ainsi, 71 % des personnes interrogées lors de l'enquête ont souffert d'entendre un des parents discréditer l'autre.
Une fois le processus du divorce engagé, 59 % disent avoir ressenti un sentiment durable d'isolement et autant avouent un sentiment d'abandon. La douleur de la séparation est très majoritairement reconnue : 63 % parlent d'une souffrance « forte à énorme » tandis que 37 % évoquent une souffrance « nulle à modérée ». Enfin, 34 % des garçons, contre 9 % des filles, estiment n'avoir pas souffert du tout.
La souffrance est donc le plus souvent inévitable, mais pas toujours identifiée. « J'ai vu des enfants soulagés par la séparation de leurs parents, quand la vie familiale était un enfer, reprend Gérard Poussin. La souffrance de la séparation est alors enfouie derrière l'apaisement ressenti par l'enfant, qui ne voit plus ses parents se déchirer. »
Lors d'un divorce, quel est le rôle des grands-parents ?
56 % des enfants disent attendre d'eux soutien, amour et apaisement. Mais parmi les grands-parents, 35 % ont mis de l'huile sur le feu. Une attitude qui n'étonne pas Gérard Poussin. « Ils peuvent avoir un rôle très négatif. Même si on peut comprendre que, lorsque sa fille a été trompée ou humiliée, il est difficile de ne pas se sentir solidaire : c'est humain. Et pourtant, il faut essayer de ne pas le faire. »
La bonne attitude est de se tenir à distance du conflit : « Si les grands-parents ont l'intelligence de ne pas s'en mêler, tout en manifestant leur affection à leurs petits-enfants, ceux-ci sauront qu'ils peuvent compter sur eux. »
Que faire pour aider l’enfant à prendre du recul ?
À l'âge adulte, les effets du divorce se font encore sentir. Les études montrent que ces enfants ont davantage de risques de divorcer à leur tour. L'échec de leurs parents fragilise et retarde leur engagement. « Pour eux, réussir sa vie de couple est un peu plus difficile », note le professeur Poussin.
Pour « limiter la casse, » il faudrait une meilleure prise en charge des enfants. « Je regrette que les propositions de médiation familiale ne trouvent pas d'écho auprès de la population, reprend le psychologue. Car la médiation peut apaiser l'enfant, l'aider à prendre du recul. »
Et pourtant, l'enquête révèle que, malgré les vicissitudes qu'ils ont connues, 72 % des enfants de divorcés pensent qu'on peut aimer une seule personne dans sa vie et, pour 82 %, le mariage pour la vie reste un idéal... Même s'il est difficile à atteindre.